Actualités du club spéléo de Carqueiranne
Elle vous suivra partout dans vos activités de pleine nature !
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"Nous sommes partis faire du canyoning en Albanie durant les vacances... Mais, en vérité, nous avons fait du canyoning sans être en vacances." — Christophe Héry, Parabole albanaise, verset 12 de la Bible du spéléo 😉
Non, en fait, il a dit : "On n’est pas allés en vacances en Albanie pour faire du canyon, mais on a fait du canyon en Albanie pendant notre temps de vacances". ou quelque chose comme ça, je ne sais plus…pas simple, vous lui demanderez.
L’Albanie est un pays qui a été souvent conquis mais jamais soumis, un petit air de Corse à l’échelle d’un pays comme la Belgique, mais en plus dur, plus extrême, et finalement incomparable. Malgré son histoire méconnue, ce fut l'une des dictatures les plus dures au monde, jamais égalée dans l’ère moderne ; il n’y a pas de pays actuel auquel nous pourrions la comparer aujourd’hui, c’est dire. C'est un pays qui est resté totalement fermé durant quarante ans. Quand on s’y intéresse, l’histoire est incroyable et la dureté de la vie y est encore largement transmise, car les témoins sont encore jeunes. Et quand on pose des questions, les yeux rougissent, le regard en dit long, nous n’avons pas besoin de traduction.
Quand on se rend dans la campagne, on se rend à peine compte du poids de l’histoire. Nous arrivons en Occidentaux avec du matériel rutilant dans un monde où se mélangent la ruralité et une richesse débridée : « Quand on manque de tout, on veut rattraper le temps perdu, manger jusqu’à la déraison, avoir la plus grosse maison, la plus grosse voiture… », on ferait tous pareil. Je viens consommer ; on nous dit que le tourisme est un facteur de développement, mais nous sommes devenus, par la masse, des prédateurs. Internet a mis en concurrence le monde : nous pouvons aller toujours plus loin, mais nous perdons l’essentiel, la rencontre humaine. L’Albanie est encore préservée de cela, mais j’ai senti que nous étions sur la ligne jaune. Bientôt, le lien sincère avec la population ne se fera plus ; chacun jouera sa partition avec cynisme. Nous croirons à l’authenticité car nous payons moins cher que chez nous ; chez nous, nous payons le prix fort et nous ne négocions pas ; chez eux, nous payons le juste prix, voire faible, et nous engageons une petite négociation qui galvanise notre ego. Bientôt, nous paierons le prix fort. Ils nous vendront un mirage que nous aurons payé, et chacun retournera dans son monde : les bons comptes font les bons amis. On aura ce qu’on mérite.
Bref, nous sommes partis pour y faire du canyoning. Ça paraît fou, mais les rivières sont incroyables et les premiers topos ne sont sortis qu’en 2022. L’équipement y est rudimentaire, la plupart du temps en monopoint ou inexistant ; ça reste un terrain d’aventure car personne ne viendra vous chercher, ou alors après un très long moment. Le principal fournisseur d’électricité du pays est constitué par les barrages hydroélectriques ; il faut donc faire attention et ne pas hésiter à poser des questions aux locaux. Comme il n’y a pas de règles sur un petit barrage, à la moindre défaillance, vous vous retrouvez avec 1 m³/s dans le canyon.
Durant le séjour, nous nous sommes posé la question : « C’est quoi, faire du vrai canyoning ? ». Chacun a sa définition et sa vérité. Honnêtement, je n’avais jamais considéré que descendre des cascades était un sport, et pourtant, maintenant, j’en fais. Je pensais que le plus dur, et en même temps le plus facile, était de descendre des cascades avec des cordes, mais c’est faux. Il faut gérer l’actif, et ça, c’est vraiment extrême : s’imaginer ce que l’eau peut faire dans le canyon. L’eau évolue en fonction de son débit et, même avec un petit débit, une fois canalisée, elle peut générer une force incommensurable. On entre dans le canyon avec un filet d’eau et on se retrouve avec des bassins énormes et une force incroyable. C’est cela qui m’intéresse : les affluents qui alimentent le collecteur principal, avoir une vision globale de la vallée, imaginer ce que ça pourrait être, comprendre les mécanismes, l’influence de l’artificialisation des rivières (barrages)… sans compter les autres phénomènes liés aux mouvements d’eau, aux mélanges d’air et d’eau… Bref, ce n’est pas aussi simple qu’il n’y paraît.
Alors, le « vrai canyoning » pour les uns, c’est d’y aller en marchant : « La navette ? Non ! Si on ne fait pas une marche d’approche, ce n’est pas un vrai canyon. » C’est une vision des choses. Alors pourquoi descendons-nous avec un descendeur ? Nous pourrions descendre au demi-cabestan, voire à la chamoniarde (rappel en S)… Pourquoi artificialiser les rivières avec des points fixes ? Laissons la nature intacte et équipons à chaque fois selon le relief : c’est peut-être ça, le vrai canyoning ? Il est sûr que, quelle que soit notre méthode, au gré de notre pratique du canyoning, nous nous rapprochons ou nous éloignons de la pureté du sport ou de notre vérité. Le tout est d’avoir du confort au juste besoin ; parfois nous faisons autrement, et d’autres fois nous embrassons la modernité. Bien que des idées arrêtées puissent exister, la perfection n’existe pas et nous faisons comme nous pouvons.
Bref, des marches d’approche, nous en avons fait, et des marches de sortie aussi ; nous sommes à une moyenne de plusieurs heures de marche par jour. L’Albanie est une terre de bergers, donc il y a des chemins un peu partout ; les routes peuvent s’arrêter à tout moment, se transformer en piste et reprendre plus tard.
Nous avons utilisé les topos de Pascal Van Duin et Guillaume Coquin pour les canyons. Il y a eu un gros travail de cartographie fait par Arnaud en amont, ce qui a permis de ne pas perdre de temps et d’agrémenter son application « Topo Canyon ». Le 4x4 est indispensable en Albanie ; nous avions réservé des Pajero et finalement nous avons eu des SUV. Il faut bien préciser à la compagnie de location que vous voulez un 4x4 avec boîte courte, sinon ce sera un SUV (cela, nous l’avons appris au détriment de notre expérience). En ce qui nous concerne, il a fait quasiment beau toute la semaine, donc nous sommes sortis sur les pistes, mais à la moindre pluie, c’est une patinoire boueuse. Les routes de montagnes ont une forte inclinaison et sont souvent abîmées. Même pour aller chercher un Airbnb à proximité d’une ville principale, on peut se retrouver à faire 20 min de piste. L’Albanie est un pays en construction, il évolue en permanence ; les applications ne sont pas toujours fiables hormis sur les grands axes. Il faut toujours recouper, car elles nous font vite faire un détour ou tourner en rond.
Il est temps de parler du vif du sujet : « marcher dans les rivières, et on n’a pas chômé ». Nous sommes arrivés le samedi de Nice avec Wizz Air, 1h45 de vol, comme une lettre à la poste. On récupère notre voiture et direction le district d’Elbasan pour faire nos premiers canyons le lendemain. Nous faisons la connaissance de Titouan, le fils d’Arnaud, 20 ans ; cela faisait 20 ans que je n’avais pas vu quelqu’un porter un débardeur blanc comme Christopher dans l’émission de téléréalité « Les Ch'tis », mais bon, on lui pardonne, il vole comme son père dans les canyons. Et Mathieu, DE de canyoning, qui se fait appeler Piranha du 73. Avec un pseudo comme cela, ça impose. On sent le type qui est un prédateur, que rien n’effraie. Au long du récit, on aura le temps de parler de la parabole de l’éléphant et de la souris… ainsi que de chaque protagoniste de ce séjour.
Premier canyon le dimanche matin : « Zallit Te Korres », une belle marche d’approche d’une heure. Nous commençons avec un très beau canyon et une eau froide ; ce sera le canyon le plus froid de la semaine. Idéal pour se mettre en jambe : il y a de l’eau, l’eau est belle, elle est d’un bleu soufré, il y a des sauts, très ludique. Ça commence bien. Pas de difficulté particulière, en mode « monopoint spirit », mais ils sont récents et en très bon état. Conforme aux topos.
L’après-midi, nous partîmes faire le canyon de Gares, départ dans une déchetterie sur l'un des affluents. Nous marchons 45 min dans la rivière jonchée de détritus et une eau marron et sale : « il est déconseillé de boire la tasse, il y en a qui ont essayé et ils ont eu des problèmes ». Malgré cela, le canyon est intéressant : un siphon bien en eau à passer et une belle cascade de 35 m viennent sauver le début du canyon. Dedans, on croisera « Dédé et Chriber » albanais (pour ceux qui ont la réf) du village avec une serpette. La scène est aussi surréaliste pour nous que pour eux : nous, habillés d’une manière rutilante, et eux en guenilles. Deux mondes nous séparent. Dans ces moments-là, je me dis : c’est trop, on s’amuse, et eux essaient de trouver de quoi manger… Mais ils avaient l’œil vif, ils ont bloqué sur notre géologue préférée, Nathalie. Pascal, son compagnon, veillait au grain ; j’ai senti qu’ils auraient aimé tenter un truc, mais ils étaient en sous-nombre.
Nathalie, c’est notre géologue poète. Posez-lui une question et elle s’envolera dans une tirade lyrique : « Regardez ces parois, ces cathédrales de roche blanche qui défient l'azur ! Ici, en terre d'Albanie, le calcaire n'est pas une simple pierre ; c'est un livre de chair minérale, un parchemin mésozoïque que l'eau a entrepris de sculpter avec la ferveur d'un amant tourmenté… »
Non, je déconne, elle vous répondra : « Bah !!!! C’est un caillou !!! »
Première petite journée. La moyenne de la semaine sera un départ à 7-8 h du matin et un retour à 20 h. Le soir, nous pouvons nous reposer dans une maison démesurée. C’est compréhensible : en Albanie, ils ont manqué de tout. Il faut s’imaginer que c’était pire que tout, alors quand l’étau s’est desserré, ceux qui ont eu de l’argent sont partis dans l’ostentatoire. Beaucoup de mauvais goût, mal fini, mais imposant et clinquant. « Beverly Hills » entre une nationale et une décharge.
Pas évident de faire les courses, de tout trouver. En fait, il y a tout, mais il n'y a pas un choix énorme comme chez nous, juste l’essentiel, et c’est très bien. Et comme il y a une grande influence italienne, dans tous les magasins, il y a un rayon italien ; c’est toujours sympa. Pour trouver de l’alcool, il y en a partout et nulle part : il a fallu compter sur mon flair d’ancien marin pour trouver les codes, us et coutumes (5 min).
Lundi : journée intense mais des canyons plutôt tranquilles et esthétiques : Shushices et Vildes. Nous trouvons de belles cavités avec une échelle spéléo « à l’albanaise » ; l’échelle sort tout droit du château de Poudlard. Ce sont de beaux canyons, conformes aux descriptions des topos. De belles marches d’approche et de retour : nous traversons des campagnes d’un autre temps. Il y a des brebis, des chèvres et des vaches partout. Les habitations sont rustiques, bordées par des champs fleuris de printemps, au pied de montagnes enneigées. On imagine que les hivers doivent être rudes. Des familles entières en train de bêcher les champs sans modernité nous regardent avec indifférence. Nous finirons par aller boire une bière dans le village touristique, face à un beau coucher de soleil qui vient mourir sur les montagnes enneigées.
Encore une belle journée. Je propose de nous faire un petit restaurant. Estelle, alias « Lucy van Pelt », notre petite boule de tendresse, nous propose à la place de cuisiner une spécialité locale. Manque de pot : nous serons en coupure d’électricité durant toute la soirée. Nous mangerons des succulentes tagliatelles de courgettes et des brochettes de poulets… à la frontale. Je garderai mon ironie pour moi.
Il faut préparer les voitures et le canyon du lendemain : le canyon de Holtit, qui est l'un des majeurs de la région. Il y a pas mal de paramètres à prendre en compte : niveau d’eau, barrage hydroélectrique, mais surtout la navette (il y a une heure de route pour aller du point de départ à l'arrivée). Et là commencent les idées : on monte à pied (3 h de rando)… Je vois sur un topo un numéro de téléphone pour demander au gardien les niveaux d’eau. Je contacte « Lindor » sur WhatsApp ; il me répond instantanément et me propose une navette : 110 euros pour huit, deux voitures qui nous emmènent au point de départ. Le prix est bon : 55 euros par voiture pour faire 2 h de piste pour eux. Si on avait fait la navette à deux voitures, c'était 4 h de perdues. En fin de compte, ce n’est pas cher. Après, ceux qui veulent négocier négocient, mais est-ce que chez nous on négocie ? Non. Le prix est juste, on paye et basta. Et en plus, Lindor nous fait « le relais secours ».
Pour ceux qui veulent faire du « vrai canyon », il y a la marche… et la rencontre avec les chiens de berger albanais, les « Yougoslaves de Charplanina ». N’oubliez pas d’allumer Strava pour être le KOM de la région et sûrement battre le record de Jimmy Gressier sur le 10 000 m (tu n’as pas le choix… et avec ton sac de canyon sur le dos). C’est une sorte de patou très musclé et énervé ; il protège les troupeaux contre les loups… et les ours. À bon entendeur.
Holtit est vraiment un très beau canyon dimensionnant. De temps en temps, nous sommes presque dans le noir, la lumière ne passe presque plus. Nous sommes entre deux falaises avec un espacement de 1 m qui montent jusqu’à plus de 200 m. Incroyable. Il est vraiment très beau. Il se finit par des sources d’eau chaude soufrées. Ce qui est impressionnant en canyon, c’est que l’on part souvent d’un filet d’eau dans une rivière insignifiante et que nous nous retrouvons dans des endroits irréels. Tellement irréel que nous avons croisé un serpent (courant) ; il faisait son check-point, tranquille sur un rocher, et on a commencé à lui parler comme à un animal de compagnie : « Allez, va-t’en, mais oui, mais oui, choupi, choupi… ». L’animal préféré de notre « piranha du 73 » ; tel l’éléphant, il croisa sa souris. Alors qu’il bronzait sur son rocher, le serpent nous regarda avec dédain et s’en alla, nous laissant passer. C’est nous qui sommes chez lui.
Une fois sortis, nous pique-niquons et, pour une fois, nous n’enchaînons pas de nouveau canyon, car nous avons 2 h de route pour rejoindre notre nouveau logement. La route est référencée, mais c’est une piste. Comble de la modernité : il y a une glissière de sécurité. Nous arrivons dans une belle maison dans les montagnes, l’accueil y est chaleureux. Par contre, il ne faut pas avoir oublié quelque chose en ville (« Ah merde, le pain ! »), sinon tu es parti pour 1 h 30 de voiture A/R. Nous sommes dans la région de Tepelene. C’est vert, la rivière Vjosa est bien présente ; elle est surnommée « la dernière rivière sauvage d’Europe » car elle n’est entravée par rien, de ses montagnes jusqu’à l’Adriatique.
Mercredi, place aux 50 ans d’Estelle ! Tout le monde se relaie pour lui souhaiter son anniversaire et embrasser notre matriarche en toute solennité. Bon, il ne faut pas trop tarder, on a canyon et la route est longue et tortueuse. Aujourd’hui, nous irons au canyon de Vagalatit et nous en profiterons pour faire son affluent, le Limar. Limités par nos voitures, nous n’irons pas jusqu’au village final, donc nous ferons la route à pied. Nous traversons des villages en belle pierre sèche du bout du monde, où le temps s’est arrêté, la jeunesse a déserté, ne laissant que quelques personnes âgées et leur troupeau. Il est rare de partir du haut d’une montagne pour aller chercher les canyons en contrebas. Le premier canyon était annoncé comme très beau dans un calcaire stratifié, mais il a dû subir une crue qui a bouché les bassins : l’eau était remplie de terre. Dans l’ensemble, c'était beau mais pas exceptionnel.Une partie de l’équipe décide de se faire son affluent qui était beaucoup moins bien noté et, là, surprise : il était très beau et très en eau. Comme quoi, il a dû y avoir un phénomène climatique qui a modifié l’ordre des choses dans la rivière. Il nous reste à remonter un D+ de 600 m pour rejoindre la voiture, que nous avalerons à bon rythme avec nos sacs en 1 h 15.
Nath, comment expliques-tu ce bouleversement géologique ? : "Je pense que le côté boueux du canyon provient du gros glissement de terrain en amont". Ah oui ! Trop forte ! Donc la montagne qui s’est effondrée, qui a coupé la route, le chemin par lequel nous sommes descendus, que nous avons détourné, sont dans le canyon !! Trop forte !
Retour dans une petite ville à proximité de Përmet ; nous nous octroyons du temps pour faire du tourisme, aller boire un coup et finirons par manger sur place. Les restaurants sont très abordables et les produits frais ; ils épluchaient les pommes de terre devant nous pour faire les frites, limite à voir l’agneau vivant avant de l’avoir dans notre assiette. Et puis nous irons nous coucher, car demain nous avons un gros morceau avec le canyon d’Ademit.
Nous sommes déjà jeudi et nous avons bien entamé la semaine de canyon. Direction Ademit ; nous partons très tôt car ils annoncent une météo pas terrible à partir du milieu de journée. La route est belle. Nous traversons différents petits villages avec les vestiges des monuments communistes qui font toujours référence à la guerre et au Parti communiste (comble du mauvais goût, mais historique). Le départ d’Ademit se fait dans un affluent, nous ne sommes pas encore dans le collecteur principal, et là déjà il y a de l’eau, beaucoup d’eau, trop d’eau. Estelle est prête à en découdre mais des questions commencent à se poser dans le groupe. Nous n’avons pas de retour récent, nous sommes en début de saison, nous ne sommes pas encore dans le collecteur principal, aucune vision sur l’équipement ; mais si on se réfère à ce qu’on a vu avant (monopoints et quasi pas de mains courantes), pour aller chercher certains amarrages, c’était exposé.
Petite réunion de groupe, j’exprime mes doutes et mes peurs avec retenue, je pose des questions, je rappelle une phrase qui est notée dans le topo de canyon : « En cas de météo erratique (notre cas : risque d’orage l’après-midi et il avait plu la veille), s’abstenir… ». Je vois que dans le regard de certains, on partage la même analyse. Arnaud nous explique : on partirait dans du gros débit avec des équipements aléatoires, il faudra sécuriser chaque franchissement. Il est initialement donné pour 6 à 8 heures, les échappatoires sont loin, ça va être intense. L’image des premiers franchissements que nous pouvons voir de la route donne la couleur de ce que nous vivrons. Les voyants sont à l’orange, Arnaud et Mathieu(pirannha du 73) tranchent : nous n’irons pas. Il y a trop d’incertitudes ; si nous devons sécuriser chaque obstacle pour un groupe de 8, nous pourrions y passer énormément de temps et sortir à la nuit tombée.
Ça fait partie de l’aventure, renoncer, et je pense que nous avons bien fait, car après nous avons refait notre cinématique, comparé les photos avec les descriptifs, et ce jour-là, il y avait vraiment beaucoup d’eau. Même s’il n’a pas plu l’après-midi, c’est un canyon à faire par jour de très beau temps avec une météo parfaite les jours précédents.
Aucun problème, nous avons un canyon de secours 😉.
Nous partons direction Bënjë. c’est le canyon par excellence tel qu’on l’imagine. Il y a tout ce que l’on pourrait attendre d’un canyon : c’est beau, il y a de l’eau, c’est ludique, ça saute… il en faut peu pour être heureux. À peine sortis, nous mangeons au pied d’une magnifique église. Sur le topo, il était écrit : « Si vous sonnez la cloche, une dame viendra vous ouvrir la porte pour visiter l’église »… j’attends encore. Estelle, en manque, telle une toxico qui n’a pas eu sa dose, est déjà sur le topo canyon pour en trouver un autre afin de finir la journée. C’est décidé, nous irons faire « Babos ». La fatigue est là, le pas commence à être lourd. Déjà qu’il était bourrin en début de semaine pour ma part... Il est mal noté ; le début ressemble à une rando aquatique avec deux ou trois rappels et des mini-sauts. On avance au radar (on n'en pense pas moins). Puis nous arrivons dans la rivière de Lengarice par deux belles cascades, que nous devons remonter à contre-courant durant une heure pour rejoindre la retenue d’eau et l’arrivée. Là, l’ambiance dans l’encaissement fut incroyable, et puis on ressort comme si de rien n’était. On passe de la beauté hostile de la nature à un endroit ultra-chaleureux sous un soleil de fin de journée de printemps, comme si nous avions changé de monde le temps d’une heure et que la nature nous avait régurgités. Belle petite soirée pour préparer le canyon du lendemain.
Vendredi, nous ne ferons qu’un canyon, car le soir nous sommes attendus à Lazarat chez un ami d’un ami (encore une histoire incroyable). Nous décidons de faire le canyon de Carcoves. Après une heure de marche d’approche, nous constatons que la rivière est en travaux avec la construction d’un barrage ; il y a aussi des travaux de mise en place de conduites forcées. Nous demandons au gardien : il nous dit que le barrage est en mode automatique et que, s’il y a une défaillance, on subit un lâcher de 800 l/s. C’est très dangereux de s’y aventurer. Gros dilemme dans le groupe ; on tient une petite réunion informelle quand il y a des décisions à prendre. On y va ou on n’y va pas ?
Moi, j’ai eu ma dose de la semaine, il faut savoir s’écouter. Surtout que le gardien nous l’a dit sur un ton sans animosité, ni interdiction : en gros, faites ce que vous voulez. Ce n’est pas grave, on apprend ; on le fera différemment à une autre saison avec moins d’eau. Alors oui, on aurait pu y aller et sûrement qu’il ne se serait rien passé, mais je n’ai pas envie de miser ma réussite sur de la chance, un accident est si vite arrivé. Pourquoi ? Parce qu’on aurait fait le canyon de trop, alors que le lendemain nous devions prendre l’avion et rentabiliser la journée.
Arnaud et Estelle nous dégotent un petit canyon à 1 h 30 de voiture. Pour la plupart, nous avons eu notre dose. Avec Christophe, nous avons conduit toute la semaine ; on a réuni le syndicat des chauffeurs 😉 : ceux qui veulent y aller y vont, nous, on reste. Petite réunion au bord d’une piste : qui veut faire quoi ? Nous serons cinq à attendre les trois qui sont partis pour le dernier canyon(çà fait titre de film mais ce ne fut pas le canyon de l’année).
Et c’est parti, direction la ville de Lazarat pour y rencontrer Ilir, le fils spirituel de Pierre Calfas que nous voyons de temps en temps quand nous allons rendre visite à la jeune équipe des « Rivières Mystérieuses » à Cassis. Le monde est petit et l’histoire est folle : cette histoire est née dans les années 90 après la chute du communisme. Il y a un lien étroit entre la ville de Marseille, les explorateurs de l’époque et le CAF (Club Alpin Français) de Marseille. Ilir, jeune ado polyglotte, était leur guide.
Mais Lazarat n’est pas une petite ville inconnue en Albanie, ni même en Europe. Durant la dictature, ce fut un village de dissidents et d’opposants politiques, Astérix et Obélix n’ont qu’a bien se tenir ; ils ont été brimés durant toute la dictature communiste. À la chute du régime, et seulement à la chute du régime, c’est devenu la capitale européenne de la marijuana. Dans les années 90, personne ne rentrait à Lazarat… sauf le CAF Marseille(hasard ;-)). D’ailleurs, encore aujourd’hui, il n’y a pas de police à Lazarat. Depuis, l’armée albanaise a cassé cette dynamique, mais la population a beaucoup souffert.
Nous sommes très bien reçus, au bon souvenir de la France qu’il avait connue. Il connaît l’étymologie des mots, et cela me marque car, à chaque fois que je voyage et qu’on me parle de la France, de mon nom, du latin… les gens connaissent le sens des mots et leurs origines. Nous devrions être fiers d’avoir cette richesse linguistique. Mais s’ils savaient… nous avons abandonné. Trop de confort, nous sommes américanisés. Notre société individualiste fait que nous ne recherchons plus le sens des mots de peur d’en porter une quelconque responsabilité. Nous sommes lâches, nous avons mis nos œillères, plus de panache : c’est un constat sociétal.
« De temps en temps, un petit électrochoc ne nous fait pas de mal. Il nous dit : "Le canyoning, c’est quoi ? C’est rien, ça ne veut rien dire, c’est un anglicisme. Allons ! Allons ! Tu comprends ? Spéléologie, oui, c’est du grec ancien, qui veut dire étude des cavernes. Allons, Paul ! Il faut faire des choses sérieuses. Quand je regarde le Facebook du CAF de Marseille, regarde, regarde, je te montre : maintenant, ils courent (trail) et nettoient des plages ! Où sont passés les explorateurs ? Si vous revenez, il faut faire des choses sérieuses, aller chercher des cavités." » D’ailleurs notre Piranha du 73 n’a pas osé dire qu’il était DE de canyon, il ne serait pas sorti de la maison vivant 😉.
Toute la famille était présente, nous avons refait les histoires, les aventures et bu le raki traditionnel. L’oncle est parti nous chercher une bouteille de sa collection personnelle, 1,5 l rien que çà, s’il vous plaît, mais nous avons passé la douane sans problème.
Merci à Ilir pour son accueil. Nous reviendrons en Albanie pour faire de vraies expéditions et ne plus marcher dans les rivières… enfin, un peu quand même de temps en temps.
Il est temps de rentrer, nous n’avions qu’une semaine sur place, du samedi au samedi. Cela nous a permis de faire 9 canyons, 10 pour certains. Il fait bon vivre en Albanie, le temps est arrêté, car les Albanais ont le temps ; il règne une quiétude qui peut être longue par mauvais temps. La météo a été correcte durant notre séjour, ce qui nous a permis de faire pas mal d’activités. Il est sûr que si vous n’êtes pas adeptes de sports de nature, cela peut être long, car il y a très peu de tentations de consommation, voire pas du tout, mais c’est très bien aussi, cela permet de se reconnecter avec l’essentiel. Les Albanais sont débrouillards, tout est possible, il suffit de demander. J’en parlais avec un ami, le trip idéal pour faire l’Albanie, mais pas que, c’est d’aller faire un tour en Grèce, surtout s'il n’y a pas d’objectif sportif.
Par contre, sportivement et au niveau expédition, c’est un pays en devenir, mais d’ici quelques années, nous aurons tout gâché comme partout ; pas nous individuellement, quoique, mais la masse.
Une super équipe de différents horizons. Merci à Arnaud qui y a laissé beaucoup d’énergie, qui a poncé les cartes comme à son habitude pour améliorer les topos et alimenter son application TOPO CANYON. Je n’ai pas trop cité Pascal et Christophe. Pascal, qui a transporté durant tout le séjour sa corde de 100 m d’à peine 3,5 kg : à ce poids-là, c’est un plaisir de la porter : « Je peux la sortir ? — NON, désolé !!! » Et Christophe, le deuxième chauffeur du séjour, l’ancien du groupe qui est toujours au taquet : il s’adapte, il est solide dans l’eau, solide en voyage, une valeur sûre.
Sinon, voici ce que coûte un voyage en Albanie pour 8 personnes. Ce montant est représentatif d’un groupe hétérogène aux habitudes variées, allant des plus économes aux plus dépensiers. Ce n'est pas une personne qui a payé pour tout le monde : les dépenses ont été partagées à tour de rôle. Le point d’amélioration est la location de voiture : quoi qu’il arrive, il faut au minimum une voiture avec 4 roues motrices. Même si c’est pour flâner en Albanie, les routes peuvent être mauvaises.
Pas besoin de s’emmerder à retirer des Lekk (monnaie local), on paye en carte ou en liquides en euros. Ils préfèrent prendre les euros, c’est plus simple pour tout le monde. Sur plusieurs blogs de voyageur, ils parlaient d’une banque qui ne prenait pas de commission pour retirer en lekk et bien c’est faux. Ne pas s’emmerder, il faut prendre des euros.
Plus de barrière de la langue, soit ils parlent couramment anglais, italien, soit pas du tout, mais il y a google translate, l’IA….
Paul
Total des dépenses par catégorie
|
Catégorie |
Détails |
Montant Total |
|
Transport |
Loc voitures, Essence, Péages, Parking, Navette |
1 382,15 € |
|
Logement |
Loc Maison, Hôtel, Logement nuits |
594,00 € |
|
Activités/Divers |
2 Assurances voiture (2 x 315€) + Livre Canyon |
659,89 € |
|
Alimentation |
Courses, Fruits, Pain |
518,66 € |
|
Restauration |
Restos, Bars, Dîners, Café |
170,00 € |
|
TOTAL GÉNÉRAL |
3324,70 € |
Votre coût total : 650 €
Ce montant se décompose comme suit :
Les « galamaouds » s’acharnent au fond des deux puits, fidèles à leur légende. Bilan : sortie d’un seau (légende locale de la désobstruction 😉).
Samedi 4 avril, nous sommes allés rejoindre l’équipe spéléo de l’association « Les Rivières Mystérieuses » à Cassis. C’est l’idée folle de quelques aventuriers qui ont décidé d’aller rejoindre la rivière de Port-Miou par la terre. L’histoire est incroyable, il faut aller potasser leur site internet :
Après moult reports à cause de la météo, nous voici enfin sur place afin de participer à une histoire folle comme on n’en connaîtra plus dans quelques années. Malgré l’esprit vif de tous ces septuagénaires ou octogénaires, ils ne sont pas éternels ; si le flambeau n’est pas repris, le lieu risque de dépérir. Mais ne soyons pas pessimistes, la vie est bien plus forte : ce sont nos cerveaux d’humains limités qui nous font penser cela. Quand, dans 30 ans, on cherchera de l’eau, on sera bien contents de creuser et on dira : « Ils avaient raison, ces cons ». Nous sommes des passagers de la vie : nous plantons des graines dont, pour la plupart, nous ne verrons pas les fruits.
On sent que l’organisation est bien rodée, chaque chose est à sa place. Et puis, il y a de gros moyens car nous allons chercher l’eau qui alimentera Marseille et la région dans 20 ou 30 ans : groupe électrogène, éclairages, radios, ventilation (car le trou contient beaucoup de C02). Avec mon empressement inhabituel 😉, je sens que j’agace un peu : « La corde entre les deux piquets… en double… VOILÀ… ». Un qui a très bien compris cela, c’est Philippe, alias Filou*. Il a caressé les chiens toute la matinée : pas d’emmerdes.
Définition de "filou" dans le dictionnaire : désigne quelqu'un de malicieux, de rusé… (on n’en dira pas plus, on s’est compris 😉).
C’était la première fois qu’il venait avec nous. On a compris le surnom amical, mais le karma se chargera de rééquilibrer les choses plus tard.
On se prépare tranquillement ; de toute manière, on ne peut pas descendre tant que le CO2 n’est pas en partie évacué. Les détecteurs ne bippent plus, nous suivons Marc et Jean-Pierre. Christophe est en tête, il veut en découdre : « Aujourd’hui, nous faisons la jonction ! ». Et puis il est pressé : ce soir, il doit rejoindre une équipe pour aller faire un "super trou" sur le plateau d’Albion…
Nous nous répartissons dans les deux puits. Avec Jean-Pierre, nous procédons à une coloration avec le mot de code «c’est le jaune pour l’apéro »(car le bidon est jaune et doit faire dans les 30l). Dans l’autre trou, on entend forer, taper, désobstruer ; nous faisons la même chose de notre côté. Filou vient nous prêter main-forte, puis décide de remonter. Au loin, on entend une voix lointaine : « Il y a quelqu’un sur le palier ? ». Puis elle répète un peu plus fort : « Il y a quelqu’un sur le palier qui peut venir me donner un coup de main ??!!! ». Filou répond d'une voix en mode "si tu ne m'entends pas, c'est pas mal" : « Ouiiiii… », le "oui" qui veut dire « Tu es sûr ? » en espérant que l’autre lui dise « C’est bon, je me débrouille, tu peux remonter ». Et bien non, Paulo lui dit : « DESCENDS !!!! Oui, dans le trou, il faut gratter la terre et remplir les seaux ». Et à ce moment-là, j’ai vu dans les yeux de Filou, derrière les lunettes embuées, une fissure. Les chiens allaient attendre… Mec, je ne peux pas t’aider : « Chacun sa merde ».
Il est 13 h. Ça braille dans la radio que nous sommes en train de rater l’apéro. Tant pis pour nous, quelques blagues potaches. Je reste au palier pour faire remonter tout le monde ; les plus jeunes remontent au treuil. En haut, Estelle, Arnaud, Noha et Melina nous ont rejoints pour l’ouverture des hostilités.
Là, le gueuleton, c’est sérieux : personne ne mourra de faim ni de soif ce jour-là. Il était même difficile de trouver de l’eau. « C’est de l’eau, ça ?!!! Non, de la vodka. Et ça ? Non, c’est de la poire ». On a du Ricard mais on n’a pas d’eau. Et puis là, un compagnon d’aventure nous sort une petite gourde en verre de 50 cl d’eau. L’eau est précieuse, point trop n’en faut, le comble alors que nous en cherchons ! Un repas à la Astérix et Obélix : saucisson de sanglier maison, pois chiches, une tarte succulente au reblochon d’Arnaud, du fromage, du vin à profusion, un super gâteau d’Estelle, des chocolats, de la pizza, des shots de vodka, de la prune, de l’eau-de-vie… Bref, après cela, nous repartons en canyon au « Trou Souffleur » à La Ciotat.
Il est 14 h 64 (sic), nous décidons de filer à l’anglaise. On aide à peine à ranger et nous partons pour ne pas arriver trop tard au canyon. 14 h 98 (sic), nous arrivons sur le parking. Filou n’est pas venu et Christophe râle : « Je ne sais pas si je vais venir, j’ai de la route à faire ». Une fois devant le canyon : « Je ne sais pas si je vais venir, j’ai de la route à faire ». Une fois dans le canyon : « Putain, ça fait chier, j’ai de la route à faire…mais c’est joli ». À la fin du canyon : « Cette fois j’y vais, j’ai de la route à faire… ». Ça, c’est une masterclass de mental. En même temps, il savait que le canyon était pas mal et qu’on allait aller vite.
Ce canyon est un mix entre randonnée et descente. Il est très beau : marcher à fleur d’eau dans le poudingue du Bec de l’Aigle est très sympa. Il nous a fallu deux heures, marche d’approche et retour compris. Court, mais ludique, avec une petite tyrolienne sur la fin.
Nous finirons la journée dans la calanque de Figuerolles autour... d’une bière.
Paul
1er canyon de la saison.
On voulait le parcourir depuis longtemps et puis ce dimanche Laure réussi à nous y traîner !
Il a pas mal plu la semaine d'avant, mais il fait super beau. On n'est pas très enthousiaste, pourtant en arrivant sur place on est agréablement surpris : ça coule !
Quelques cascades dans un bel environnement, pas mal de marche en rivière, et une eau très froide qui c'est sûr, est sortie de sous terre il y a peu ...
Bref, de quoi passer un bon dimanche pas loin de la maison.
Dimanche 1er mars, je propose une sortie canyon dans les gorges du Destel. Je m’étais dit qu’avec les pluies des derniers temps, il y aurait un peu d’eau. Je lis les descriptifs sur Descente-Canyon et je vois : « sec, sec, sec, toute l’année… sauf une fois ». Espérons qu’il y ait un peu d’eau.
Pour l’occasion, j’ai sorti mon plus beau shorty pour ne pas avoir trop chaud dans l’eau. Christophe me rejoint et, sur le ton de l’exclamation, me dit : « Tu vas où comme ça ? Il n’y a pas d’eau, moi j’y vais en tenue de randonnée… » Je lui rétorque qu’avec les pluies des derniers jours, il y aurait sûrement de l’eau. On se met le doute mutuellement ; on verra qui a raison.
Puis, j’avais fait une petite erreur dans le choix du canyon. Je n’avais pas tout lu ; dans mon cerveau, je m’étais limité à : canyon, vasques, Destel… et basta. Sauf qu’il y a celui de Saint-Martin juste à côté qui est bien plus sympa. Aucun problème, nous choisissons un sens pour faire les deux : en premier Saint-Martin et ensuite, si on a le temps, on fera le Destel.
On arrive dans le canyon et pas une goutte d’eau. Il faut y être le jour de crue et basta. J’étais comme un con en shorty avec mes chaussures de canyon, prêt à en découdre. Le but de cette sortie était de travailler l’équipement et les mains courantes ; il est bien broché. Nous avons pris notre temps, nous avons travaillé tous les petits exercices. Il y a quand même de belles verticales, la plus grande fait 30 m avec un relais au milieu. C’est un endroit très beau, une autre facette de la région à découvrir. Il est noté à 1,4 sur 5, mais il est très agréable ; le soleil nous a suivis tout l’après-midi. C’est un canyon à faire en hiver.
Sur la dernière verticale, nous rejoignons le CAF Toulon qui était en initiation. Bon, on arrive en bas, on avait encore du temps, on décide d’aller faire le canyon du Destel. Là aussi, j’avais lu en diagonale : remonter le canyon et le redescendre. Sauf qu’il y avait un chemin qui bordait le canyon pour remonter normalement.
Christophe était heureux, il adore quand on fait les choses comme c’est écrit dans le manuel. Qui remonte un canyon ? Quand j’avais lu en diagonale, j’avais lu que chaque vasque pouvait être remontée. Il y a des choses que je prends au mot et d’autres non. Donc c’est parti pour un canyon inversé, au plus grand bonheur de Christophe. Ça se mérite, un canyon inversé, mais il était bien équipé : des petites voies d’escalade, on pose des mains courantes, on s’auto-assure mutuellement comme en escalade, parce qu'on a fait de l'escalade. Dans certaines vasques, il y avait un peu d’eau croupie ; personne n’avait envie de sauter dedans. Il y a de vieilles mains courantes toujours en place ; c’est solide, une corde. À côté, dans le petit Saint-Cassien, elles sont neuves, mais ça fait le taf.
On sort des vasques, on regarde sur la carte : pas d’échappatoire, il faut remonter la rivière jusqu’au Broussan qui est à 1 km. Ça nous aurait fait encore une heure de marche. Et là, je rentre dans mon domaine préféré en randonnée : les « raccourcis ». Je vois un semblant de chemin qui ressemblait à un chemin, mais je savais que c’était un sentier de sanglier. Tant bien que mal, nous nous faufilons dans la pente raide et nous sortîmes 20 min plus tard sur la route. Très beau raccourci.
Nous finirons la journée autour de la traditionnelle bière au cul de la voiture. Une superbe après-midi, où l'on a fait un grand panel d’un peu tout : du canyon, de la technique de corde, de la grimpe et un peu d’orientation.
Paul alias Jean-Michel Apeuprè !!!
Après une succession de loupés dans les dates de rdv divers, liées à mon esprit ailleurs ces derniers temps, je me retrouve avec un jour de congé, posé, pour rien.
Pour rien, jusqu’à ce que mon baudrier, neuf, me rappelle à son bon souvenir.
Je me rapproche alors de Paul en lui demandant tout innocemment :
Une sortie spéléo en verticale. Je vais regarder, un truc simple et sympa »
Aucune question, une proposition, et l’Aven des Jaumes est choisi.
Je vérifie mon matériel rutilant, brillant d’inutilisation, qui, je pense, est dans le même état de hâte que moi !
C’était sans compter mon esprit vagabond, j’ai omis de prendre mon harnais ainsi que mes chaussures (oublié dans la voiture… )…. Paul m’a prêté le sien et j’ai utilisé mes chaussures de randonnées qui au final sont parfaite pour la spéléo… tous ces oublis me font me dire que je traîne peut-être trop avec Mr Tainton !! (il faut toujours trouver un coupable à sa mauvaise foi)
Arrivés devant l’entrée Paul me propose de faire un petit récap, il met une corde autour d’un arbre nous simulons une descente ainsi qu’un fractio.
J’ai fait un petit nombre de grotte mais ce petit exercice m’a conforté dans ce que je savais déjà et a renforcé ma confiance.
Il y a des moments où pour une raison x et y nous nous perdons dans le doute, le questionnement la perte de confiance en soi et dans les autres. Ou nous peinons à trouver notre place convaincue malgré tout de notre valeur mais invisibles à des yeux tiers.
Comme dirai à juste titre Paul, les autres on s’en fout.
Sartre disait : « l’important n’est pas ce qu’on fait de nous, mais ce que nous faisons de ce qu’on a fait de nous ».
Conclusion je sais ce que je fais de moi et ce que je fais de ce qu’on a fait de moi, rien, puisque je resterai fidèle à ma voie. Et que chacun trace sa route.
Nous descendons, les odeurs de la terre mouillée m’enveloppent à nouveau, l’humidité, l’obscurité et ce silence bienveillant qui fait de chaque exploration un moment particulier.
Le premier fractio est passé sans embuche, je traine un peu pour descendre m’accordant un moment à admirer la roche dessinée par l’eau les concrétions, les méduses en cathédrales, les fistuleuses et leur petit diamant (goutte d’eau mais j’aime beaucoup les diamants…) et je sens qu’un sourire me colle la grappe depuis le départ !
Nous nous mettons des petits points de repère, les mousquetons du petit poucet, et continuons notre avancée, je vois des gours et comme une petite chapelle, de l’eau tombe par endroit mais sans excès. Nous éteignons un moment nos lampe et plénitude complète.
Nous amorçons le retour je monte aisément, mon équipement est vraiment idéal, arrive le fractio où j’entrelace les cordes, je m’en rends compte avant de remonter rectifie le tir et fichtre je ne parviens pas à remonter …. La longe … j’ai oublié d’enlever la longe …
Et voilà la sortie. Les arbres sont encore bien trempés et fragilisés, lorsque Paul me dit regarde tu as une épée naturelle, en effet un morceau de bois c’était coincé dans mon pantin je lui réponds alors que je descends des templiers et que probablement nous sommes passés à côté du Graal, il faut redescendre… Une prochaine fois ! Va pour la prochaine foi « non recedimus ! »
Je suis contente d’avoir repris après tant d’absence sous terre.
Je suis contente d’avoir repris avec Paul et je le remercie pour cet accompagnement sous terre : sa bienveillance, sa maitrise du matériel, son empathie, sa confiance qui ont rendu cette exploration salvatrice.
En retournant vers la voiture nous avons eu le temps de refaire le monde et ça aussi ça n’a pas de prix.
Merci
Marie
Il y a quelque temps, le couple trépidant Estelle et Arnaud propose une sortie à la grotte de Saint-Marcel, et plus particulièrement le réseau IV. La grotte fut découverte en 1836 par un chasseur. Les expéditions se sont poursuivies jusqu’à découvrir plus de 60 km de galeries, ce qui en fait l'un des développements souterrains les plus grands de France. Le réseau IV est réglementé, il faut faire une demande mais c’est très facile et ça fait partie de la cohabitation en bonne intelligence entre les spéléos et l’exploitation touristique d’une partie de la grotte.
« Paul, tu nous connais, tu peux regarder s’il n’y a pas un trou ou deux à faire avant, car nous avons réservé le réseau IV pour dimanche, et avant il y a samedi et un peu vendredi aussi ».
Je ponce les récits des cavités alentour, je demande un peu à tout le monde, et ça ne manque pas de grottes féeriques dans la région. Le choix est cornélien car nous ne pourrons pas toutes les faire en un weekend. J’adore les discussions avec des personnes « un jour, une idée de cavité » ou « un jour, une passion ».
« Départ vendredi à midi, on monte dans l’Ardèche, on se fait une cavité rapido quand on arrive… ou un canyon… Bon, on voit, on en discute »… avant d’aller récupérer notre gîte.
C’est bien beau, mais on mange quoi ? Parce que c’est aussi important que la sortie en elle-même. Je peux vous dire que vu l’équipe, si on a le choix, on n’est pas du genre à manger des noodles au cul d’un van. Ça parle de daube, apéro, camembert rôti, raclette… c’est le standard minimum.
Ce sont 15 jours d’imprécisions et de revirements, que ce soit au niveau culinaire ou du choix des activités. Une fois que les activités étaient définies, il a fallu savoir dans quel ordre nous allions les faire.
Finalement, deux jours avant, nous nous sommes décidés : le vendredi en arrivant, ce sera la cavité d’Armédia pour se chauffer. Le lendemain, l’atypique canyon de Pissevieille, et dimanche le réseau IV de Saint-Marcel.
L’équipe est montée. Vendredi nous ferons Armédia, une cavité hors norme avec une multitude d’excentriques, à profusion, avec la célèbre excentrique en forme de 5 ou de S, ou comme vous voulez, vous l’interprétez selon votre imagination. Overdose d’excentriques, incroyable. Les excentriques sont de minuscules sculptures de calcite (calcaire) dont la croissance anarchique défie la gravité sur des milliers d'années, car leur forme est dictée par la capillarité et de légers courants d'air plutôt que par la chute des gouttes d'eau.
C’est une cavité assez accessible. Arnaud équipe à l’aller, Estelle nous fait la visite, enfin si elle se souvient lol (« j’y suis allée mais je ne me souviens plus trop, je crois que c’est par là »…)… je déséquipe au retour, et il y avait du gaz au fond (Co2). Arnaud arrange l’équipement à la montée pour que ce soit plus facile pour moi lol, les cols-de-cygne seront bien tendus. Bon exercice, en plus gazé, je faisais le malin au début mais j’étais bien essoufflé. Un peu moins de deux heures pour profiter de la grotte en AR.
Christophe nous attend au gîte, raclette en préparation, ça va être du sérieux. Christophe, ça fait quelque temps qu’il ne peut pas aller sous terre à cause de son genou mais nous avons assisté à un miracle quand nous lui avons annoncé qu’on allait faire l’atypique canyon de Pissevieille. Jésus n’en revient pas ; « lève-toi et marche », il s’est levé et a marché, bancalement mais a marché. En tout cas on était très heureux de retrouver Christophe, parce que sous terre il n’est pas là pour niaiser. Sa blessure c’est reculer momentanément pour sauter plus loin, et ça va faire mal quand il va revenir dans le game.
La soirée se passe bien, Estelle (la femme la plus dangereuse que je connaisse) a plein d'idées : « et si demain matin avant d’aller en canyon, on allait faire une cavité, un petit truc, on enchaîne, on rejoint les Niçois à midi…. qu’est-ce que vous en pensez ?!! »…. On s’est regardés avec Arnaud et Christophe. Dans le regard de Christophe j’ai lu « moi j’ai annoncé que je venais faire que le canyon, démerdez-vous ». Dans le regard d’Arnaud j’ai lu « moi je suis le conjoint, Paul tu te démerdes, c’est toi qui réponds ». Alors j’ai répondu sur la pointe des pieds : « ça ne fait pas trop d’enchaîner ? Le but c’est de nous reposer aussi et de profiter de chaque activité, on risque de les consommer, je pense que le mieux est de rester sur notre idée de départ »….
Tout le monde retient son souffle, Estelle répond : « oui on fait ça, on reste sur notre idée de départ ». Soulagement général, même pour Christophe : la dernière fois qu’il a dit qu’il ne faisait pas une activité à cause de sa blessure, il s’est retrouvé en néoprène à aller chercher les oursins par cohésion. Nous reprenons la soirée tranquillement… mais sur nos gardes, nous ne sommes pas à l’abri d’une rechute.
Le lendemain nous partîmes pour le canyon de Pissevieille. À l’époque quand ils donnaient des noms aux endroits, il n’y avait pas de spécialiste en dystopie, ils ne se disaient pas que dans 300 ans il y aurait une ribambelle de branleurs qui viendraient faire du tourisme dans la région.
Sinon à part l’explication de comptoir, pisse vient du latin pissiare, qui signifie « jaillir », et vieille en géologie désigne une source qui s’essouffle et qui fonctionne par intermittence. La cascade de Pissevieille ne s’exprime que très peu de fois dans l’année lors de grosses pluies. Beaucoup de canyonistes l’ont en tête, car les cascades de 80 m et plus, il y en a quelques-unes mais ce n’est pas la norme en France.
Les Niçois Pascal et Nathalie nous rejoignent, ça fait 3 moniteurs canyon, un instructeur et deux tchoukitos pour la sortie, ça risque de dépoter. Tout le monde se met en route. Moi j’ai toujours le sac le plus léger, la corde de 100 m de secours, ça aide pour nager. Estelle à la topo ; Non je déconne, Arnaud prend la main. C’est parti pour 45 min de crapahutage, la cascade est incroyable et nous arrivons dans une petite rivière avec un filet d’eau et deux galets qui se battent en duel. Je me dis que tout va se jouer sur la cascade mais j’aurai tort.
On ne perd vraiment pas de temps, on s’équipe. Avec Christophe on se regarde entre tchoukitos, on sait ce qu’on a à faire : vite et bien. Mais on voit que les Niçois prennent leur temps, ça nous rassure un peu, ça ne va pas partir pleine balle. Pascal, trois roulées plus tard à la montée, légèrement groggy de sa nuit de garde, dès qu'il a touché l’eau, il s’est transformé. Nathalie en bonne métronome, ne se laisse pas distraire, tu sens que c’est du sérieux.
C’est parti à marcher dans le canyon, au bout de 50 m c’est du sérieux, c’est très beau, il y a de l’eau, le débit est moyen, on s’enfonce dans le calcaire creusé par l’eau, c’est magnifique. Tout le monde équipe à tour de rôle, c’est très sympa, ludique, l’eau est bonne, je n’ai pas eu froid avec ma combinaison classique, j’étais bien. Nous arrivons sur le promontoire de la cascade, ça forme une terrasse avec une grande fenêtre, c’est très beau, très haut.
Nathalie est désignée pour poser la main courante, on a vu dans son regard : « pourquoi moi, en plus avec vos explications à peu près… bref, je me démerde (c’est l’idée 😉) ». Pascal au fractio, je descends en premier… et là, sacrilège, avec la corde de spéléo qu’on devait garder en spare (pour Franck, le Mr matos du club, on va colorier la corde en orange avec l’IA sur les vidéos 😉 ; c’est sérieux au club, les cordes oranges pour le canyon et les blanches pour la spéléo ; Franck nous ne le referons plus, mais on ne l’a pas fait exprès).
C’est du sérieux suspendu à 80 m, ça fait haut, petit picotement, mentalisation de ce qu’on doit faire avant d’y aller, mais une fois le premier mousqueton posé sur la main courante ça dissipe tout. Pourtant en spéléo ça arrive de descendre dans des puits bien plus profonds, faire des fractios en plein vide mais le fait de ne pas avoir le visuel de l’ensemble c’est plus facile. Mais là on en prend plein les mirettes, on passe sous la cascade, c’est fou, et la vue d’en bas est tout aussi incroyable. La cascade génère un vent, je le nommerai le vent cascabatique.
Merci Arnaud pour le partage, car c’est un très beau canyon, il est vraiment sous-noté sur Internet.
Après avoir impressionné tout le monde en faisant une démonstration de lovage de cordes, j'ai procédé en deux temps : je fais un premier lovage de merde et, ensuite, une personne refait l’ensemble du lovage. Je sais, on perd un peu de temps, mais ça réchauffe deux personnes. Nous sommes ressortis par une marche de 30min.
Comme il est assez court nous irons faire un peu de tourisme l’après-midi, mais surtout racheter des verres à vin (à pied), parce qu’on en a déjà cassé deux et on n'allait pas boire du vin dans des gobelets en plastique. En plus le soir, c’était au tour de la daube de bœuf, 48 h de cuisson, les petits plats dans les grands. Nous prendrons le temps de faire un battle Kangoo contre Skoda, la Kangoo a gagné mais bon ça nous a coûté 50 euros.
Soirée sympathique autour d’une daube incroyable, nous irons nous coucher moins cons en apprenant que les bidons étanches étaient faits en plastique alimentaire. Nous préparons le matos pour le lendemain parce que ça devrait être long, il est annoncé entre 9 h et 12 h sous terre, l’immensité de la grotte et des galeries fait que ça peut être pommatoire. Le départ est prévu à 8 h pour entrer à 9 h sous terre. Christophe nous fait le relais secours, on devrait sortir vers 18 h, à 21 h si pas de nouvelles tu envoies la cavalerie.
Nous entrons sous terre à 8 h 30 sous un beau soleil d’hiver par l’entrée touristique, c’est original, il y a un escalier, nous prenons la rampe, y'a pas à dire, en Ardèche ils savent aménager les cavités 😉.
Estelle prend la topo en main, non je déconne. C’est parti à un bon rythme, très bon même. Les horaires sous terre c’est très important, il y a toujours un point de non-retour. Il faut gérer son état de fatigue, sa lumière, son alimentation… tout un tas de paramètres qui font que l’on doit calculer lors des grosses sorties pour aller au fond, et avoir le temps de revenir en sécurité. Nous avons 8 km à faire en AR, 8 km sous terre ça prend du temps. On m’avait dit : tu vas voir c’est des grands boulevards, pas d’étroitures, c’est facile mais un peu long. Il faut toujours se dire que la spéléo ce n’est jamais cadeau, et ce n’était pas facile.
Vu l’équipe, je ne m’inquiétais pas trop pour les horaires, visiblement devant ça avait du sens, donc on a bombardé car sur la topo il y avait marqué : « ne pas s’attarder sur le début pour ne pas louper le fond de la grotte qui est encore plus belle ». On l’a prise au mot cette phrase, les mots ont leur importance dans l’équipe.
On alternait les franchissements, ça faisait une demi-heure qu’on marchait, on a une petite discussion sur le rythme, ça faisait un moment que Pascal et Nathalie n'avaient pas fait de spéléo, j’ai vu dans leur regard : « j’ai dit que j’avais fait de la spéléo mais c’était il y a longtemps quand même, 9 h à ce rythme ça va être chaud ». Quand tu dis que ça fait un moment que tu n’as pas fait quelque chose, traduction : ça serait bien qu’on y aille tranquille…
Ça glisse, les ressauts sont un peu cassants, on ne sait jamais comment les monter, des mauvais plans inclinés, on laissera le pantin sur le baudrier, trop long à mettre, putain les horaires, et puis ce n’est pas vraiment efficace. Ce n’est pas équipé de partout, il nous faudra quand même trois cordes de 10-15 m pour équiper à certains endroits. Nous arrivons au fond du réseau IV sans trop de difficulté… en 2 h 40. Je pense qu’on est bien sur les horaires. On est allé vite mais on s’arrêtait sur les points clés pour admirer les magnifiques concrétions, prendre des photos.
Sachant que le retour est plus facile. Estelle nous dit en boucle : « au retour on prend notre temps… d’ailleurs on va s’asseoir et manger… ». Nous nous sommes assis et nous avons mangé. Là aussi nous n’avons pas lésiné, fromage et charcuterie, on n'est pas du genre à sucer des barres énergétiques.
Quand des gens qui ne tiennent pas en place discutent : syndrome de l’injonction paradoxale.
« Paul prends ton temps, on n’est pas pressés… » me dit Estelle. Je ne dis rien, mais l’image que j’ai c’est comme si un alcoolique, le verre à la main me disait : « l’alcool ce n’est pas bon pour la santé… », comme si en nous disant ça, ça nous rassurait. On fera avec.
Puis ce fut le retour : « on va prendre le temps de profiter, c’est merveilleux… »
Le retour est plus facile, les ressauts sont plus chiants à l’aller. Nous ferons un détour par la Grande Barrière, qui est incroyable au niveau des concrétions et des volumes.
« On ne va pas trop vite, prenez le temps de profiter, c’est magnifique »
En tout, avec les pauses, nous mettrons 6 h pour faire l’aller-retour. C’est une très belle cavité, il y a des concrétions calcaires incroyables. Elle n’est pas d’une grande difficulté mais ce n’est pas cadeau.
À la suite de quoi nous retournerons dans nos pénates et n’oubliez pas : « n’allez pas trop vite, prenez le temps de profiter… » 😉
PS : au retour j’ai mis mon pantin… comme on avait le temps de profiter 😉
Paul
Samedi 24 janvier, les pluies s’abattent depuis un moment sur les contrées du sud de la France.
Profitant d’un créneau d’accalmie le samedi matin, nous décidons d’aller au gouffre du Petit Saint-Cassien car, par temps de pluie, il est très esthétique grâce à ses gours et ses rivières qui se gonflent. Par sécurité, nous convenons que nous n’irons pas jusqu’au fond. L'invitation est lancée au club ; l’équipe sera finalement formée d’Arnaud, Estelle, Noha et moi-même.
Direction le Plan d’Aups. Sous une légère pluie orographique au niveau de la Sainte-Baume, nous croisons Maxime qui partait s’entraîner aux techniques légères dans l’aven du Renard. Nous faisons un point météo et décidons de sortir pour 15 h maximum, avant une nouvelle dégradation.
La cavité bénéficie d’un équipement permanent, ce qui est un vrai confort. On entend de tout sur cet équipement, mais les amarrages et les cordes sont propres ; certes vieux, mais solides. Nous avions pris de quoi équiper en double, mais nous ne nous en sommes pas servis. C’est comme lorsque l'on jette quelque chose sans réfléchir parce que la date de péremption est passée, alors que le produit est encore bon. Il est certain qu’à moyen terme, il faudra changer quelques cordes et améliorer certains amarrages.
L’entrée est belle et esthétique : une succession de puits sans difficulté. La salle de Pluie est magnifique visuellement et acoustiquement, avec l’eau qui ruisselle de toute part. Nous arrivons rapidement au réseau Marzal. C’est magnifique : l’eau surgit de partout, le réseau est très actif avec les pluies des derniers jours. Nous irons jusqu’à l’entrée du petit méandre et, par sécurité, nous en resterons là, car il peut siphonner en cas de grosses pluies ; « la prudence est mère de sûreté ». Nous poursuivons la balade en entrant dans le réseau des cascades. La cascade est très belle et les gours superbes. Nous n’irons pas très loin car la zone est inondée ; nous reviendrons au printemps pour aller jusqu’au siphon.
La remontée se fait sans difficulté, Noha y perdra une couille 😉 avec son harnais. À notre sortie, la pluie devient plus vivifiante, nous nous dépêchons. Nous décidons d’aller nous abriter à la bergerie de la Cayre pour pique-niquer et nous changer au sec, mais malheureusement, nous ne parviendrons pas à obtenir le code d’entrée.
Une bien belle sortie sans prétention pour agrémenter une journée de pluie.
Paul
« T’es qui toi ? »
J’ai tellement de chance de pouvoir me mouvoir comme j’en ai envie. Alors oui, lorsqu’on n’a connu que ça, le handicap, c’est la normalité et on s’en accommode. Cette maxime rassure tout le monde et puis, que pouvons-nous faire ? Mais putain, c’est une putain de galère, pour eux et pour leur famille. Quand je vois leur regard, qui n'est parfois que le seul moyen de communication, j’y vois de l’impuissance, une rage, cette envie de communiquer, d’exprimer quelque chose… mais leur cerveau en a décidé autrement.
Ce regard qui te dit : « J’essaie mais je n’y arrive pas, ne me juge pas. » Dans ce cas, je peux dire que je n’ai pas eu de chance. C’est ça, ne pas avoir de chance : parce que je vais en baver plus que les autres toute une vie. Je devrais avoir une place au milieu de la cité, être intégré. Mais non, je suis caché, mis à part. Ma différence fait qu’on a peur de moi ; ce côté imparfait est à l’opposé des mirages sociétaux.
Déjà qu’on a peur de nous, on pense en plus que nous sommes fragiles. On ne veut pas me sortir parce que les gens pensent que je suis fragile, et puis nous vivons dans une société où l'on nous parle en permanence de responsabilité. D’un côté, on nous vend l’émancipation à outrance : il faut construire, il faut ceci, il faut cela ; mais quand il faut prendre une responsabilité, il n’y a plus personne.
Éric, Antoine, Jean-Claude, Jean-François, Nicolas, Benjamin et Rudy ont un « petit truc en plus » et sont motivés comme jamais. Aujourd’hui, nous allons les emmener faire de la spéléologie.
Éric, fier comme un coq, ne s’est toujours pas remis de son vol en parapente. Il bat des bras à chaque fois qu’il entend le mot parapente : « J’ai volé comme un oiseau ». Bien qu’il soit très motivé, il n'est pas téméraire pour un sou et aime bien faire passer ses camarades devant : « On ne sait jamais ».
Antoine, c’est un ancien, la cinquantaine passée. Pas de parole, mais dans son regard se mêlait la peur de l’inconnu, et à certains moments, il aurait aimé me dire avec son regard noir : « Paul, ça va cinq minutes, c’est bientôt fini, j’en ai marre. »
Jean-Claude, la cinquantaine passée aussi, c’est l’enfant du pays : « Je suis d’ici ». Je suis très content que nous puissions l’emmener dans une grotte, chez lui. La force tranquille et la sagesse des gens de son âge, le regard tendre, il était émerveillé.
Jean-François, le doyen de la sortie, était comme un coq en pâte. Un peu lent dans ses déplacements mais malin comme un singe, je le soupçonne d’avoir ralenti pour que Marie et Sophie lui donnent la main. Il a vécu sa meilleure vie avec son assistance cinq étoiles. Quand Honoré a pris le relais, le rythme s’est accéléré… mouais, mouais.
Nicolas, c’était notre Diable de Tasmanie : « Non c’est bon, je vais y arriver tout seul », « J’ai soif… Monsieur, tu as un Kinder ? ». Il répond oui à tout. Au retour, il avait faim : plus de problème pour descendre les marches. Comme quoi, la faim, ça aide.
Benjamin, c’était notre bébé ours : même carrure, mais avec le caractère de Winnie l'ourson. Il supporte deux équipes, l’OM et le RCT, et il en est fier. Aucun problème sous terre. De temps en temps, il faut lui donner la main. À l’image du supporter de l’OM, on ne peut avoir que de l’empathie envers ces gens-là (les supporters de l’OM, c’est valable aussi pour Bastia !).
Rudy était le plus jeune, 25 ans, sapé comme jamais. C’était notre petite « chochotte », ça râlait gentiment derrière, à l’image des jeunes de son âge. Mais il s’est débrouillé d’une manière remarquable. Il avait hâte d’aller retrouver sa chérie.
Le petit truc en plus, c’est qu’ils ont un regard qui ne trompe pas. À chaque moment, on sait où on en est. Et le fait de les sortir de leur centre, qu’on s’intéresse à eux, leurs yeux brillent… et ça, ça n’a pas de prix.
Alessandro, le fils de Marie, 18 ans, futur spéléologue, a la fougue de sa jeunesse et ne craint rien, malgré quelques doutes passagers. Je lui donne ses consignes d’encadrant : "Alessandro, je veux que tu sois au milieu du groupe. Tu assures la liaison et tu me préviens si le rythme ralentit derrière. Garde un œil sur Antoine : dans les passages étroits, tu lui donnes la main." Il n’a pas hésité. Il a rempli sa mission de manière remarquable, proactif et présent sur tous les fronts.
Un clin d’œil à Sophie et Élodie, les deux éducatrices qui se démènent avec peu de moyens, mais qui croient en ces personnes et trouvent chaque jour des solutions pour les sortir de leur isolement.
Sans oublier les spéléos : Marie, qui a été d’une aide précieuse, et Honoré, qui nous a accueillis remarquablement sur son terrain. Honoré nous a aidés durant toute la sortie et nous a transmis ses connaissances sur la cavité. C'est un professionnel passionné ; n’hésitez pas à solliciter sa structure pour une excursion souterraine (06 15 19 61 03).
La cavité de la "Foux de Sainte-Anne" est célèbre dans la région. Résurgence de plusieurs rivières, elle a alimenté les villages alentours en eau, servi d’abri durant la Seconde Guerre mondiale et initié, sans le savoir, des générations de jeunes locaux à la spéléologie. Elle fait partie intégrante du patrimoine et de la mémoire collective locale, avec son lot d'histoires et de légendes.
Ce fut une belle journée. Nous sommes allés aussi loin que les capacités du groupe le permettaient, sur cette ligne subtile entre engagement et plaisir. Mon ressenti rejoint celui d’Honoré : atteindre le puits de lumière peut sembler modeste pour un spéléologue averti, mais c’est une étape extraordinaire pour des personnes en situation de handicap moteur. C’était une sortie d’accoutumance et d’évaluation ; le groupe est solide, la prochaine fois, nous irons au fond.
Alors qu’il ne me connaissait pas, Honoré est venu me voir pour me demander, avec une franchise bienveillante : "Mais au fait, t’es qui toi ?" Un nom inconnu dans le monde spéléo qui amène des personnes souffrant de handicaps mentaux et moteurs sous terre.
Je suis un électron libre. J’ai du temps et organiser ce genre de sortie est facile. Aujourd’hui, c’est la spéléologie, demain ce sera autre chose. Je ne suis qu’un passager ; c’était simplement l’opportunité d’offrir cette expérience souterraine. Nous répétons souvent les mêmes gestes chaque week-end, parfois sans saveur ; l’extraordinaire est ponctuel, et ce genre de sortie en est l'essence même.
Paul
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Au départ, 4 copains de Carqueiranne qui pratique la spéléo depuis l’âge de 15 ans.
Nous nous rapprochons vite du SCS (Spéléo Club de Sanary), club très structuré où la famille Clément nous accueille à bras ouverts. Pendant 4 ans, Hervé Tainton, président du club va nous entraîner sur de nombreux massifs calcaires dans des aventures plus rocambolesques les unes que les autres.
Petit à petit, nous faisons découvrir notre passion à d’autres amis de notre commune. En 1983, nous décidons de nous émanciper en créant un club à Carqueiranne. Etant tous motards, nous avons fait en sorte que les initiales du nom fassent GAS, le G étant tiré d’une vieille légende provençale.
Depuis le début, le club est affilié à la FFS (Fédération Française de Spéléologie) avec une forte implication dans la vie et les actions fédérales.
Par ailleurs, il a un agrément « Jeunesse et sports » et est membre du CDS 83 (Comité Départemental de Spéléo).
Son fonctionnement est totalement basé sur le bénévolat. Les anciens initient et forment les nouveaux qui à leur tour deviennent encadrant.
Actuellement, il est partenaire actif de l’EDSC 83 (école départementale de spéléo et de canyon) et est engagé auprès du SSF 83 (spéléo secours) pour diverses missions spécialisées.
Il dispose d’un matériel collectif conséquent qui permet de pratiquer la spéléologie sportive ou d’exploration, le canyoning, l’escalade et la randonnée engagée.
Deux bulletins retraçant nos aventures de 1983 à 1997 ont été édités par Alain Kilian et sont disponibles ci dessous, ainsi que tous les comptes-rendus annuels d’activités depuis 2005.
Toutes les vidéos sont à retrouver sur le lien :
Quelques articles de presse :
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