"Nous sommes partis faire du canyoning en Albanie durant les vacances... Mais, en vérité, nous avons fait du canyoning sans être en vacances." — Christophe Héry, Parabole albanaise, verset 12 de la Bible du spéléo 😉
Non, en fait, il a dit : "On n’est pas allés en vacances en Albanie pour faire du canyon, mais on a fait du canyon en Albanie pendant notre temps de vacances". ou quelque chose comme ça, je ne sais plus…pas simple, vous lui demanderez.
L’Albanie est un pays qui a été souvent conquis mais jamais soumis, un petit air de Corse à l’échelle d’un pays comme la Belgique, mais en plus dur, plus extrême, et finalement incomparable. Malgré son histoire méconnue, ce fut l'une des dictatures les plus dures au monde, jamais égalée dans l’ère moderne ; il n’y a pas de pays actuel auquel nous pourrions la comparer aujourd’hui, c’est dire. C'est un pays qui est resté totalement fermé durant quarante ans. Quand on s’y intéresse, l’histoire est incroyable et la dureté de la vie y est encore largement transmise, car les témoins sont encore jeunes. Et quand on pose des questions, les yeux rougissent, le regard en dit long, nous n’avons pas besoin de traduction.
Quand on se rend dans la campagne, on se rend à peine compte du poids de l’histoire. Nous arrivons en Occidentaux avec du matériel rutilant dans un monde où se mélangent la ruralité et une richesse débridée : « Quand on manque de tout, on veut rattraper le temps perdu, manger jusqu’à la déraison, avoir la plus grosse maison, la plus grosse voiture… », on ferait tous pareil. Je viens consommer ; on nous dit que le tourisme est un facteur de développement, mais nous sommes devenus, par la masse, des prédateurs. Internet a mis en concurrence le monde : nous pouvons aller toujours plus loin, mais nous perdons l’essentiel, la rencontre humaine. L’Albanie est encore préservée de cela, mais j’ai senti que nous étions sur la ligne jaune. Bientôt, le lien sincère avec la population ne se fera plus ; chacun jouera sa partition avec cynisme. Nous croirons à l’authenticité car nous payons moins cher que chez nous ; chez nous, nous payons le prix fort et nous ne négocions pas ; chez eux, nous payons le juste prix, voire faible, et nous engageons une petite négociation qui galvanise notre ego. Bientôt, nous paierons le prix fort. Ils nous vendront un mirage que nous aurons payé, et chacun retournera dans son monde : les bons comptes font les bons amis. On aura ce qu’on mérite.
Bref, nous sommes partis pour y faire du canyoning. Ça paraît fou, mais les rivières sont incroyables et les premiers topos ne sont sortis qu’en 2022. L’équipement y est rudimentaire, la plupart du temps en monopoint ou inexistant ; ça reste un terrain d’aventure car personne ne viendra vous chercher, ou alors après un très long moment. Le principal fournisseur d’électricité du pays est constitué par les barrages hydroélectriques ; il faut donc faire attention et ne pas hésiter à poser des questions aux locaux. Comme il n’y a pas de règles sur un petit barrage, à la moindre défaillance, vous vous retrouvez avec 1 m³/s dans le canyon.
Durant le séjour, nous nous sommes posé la question : « C’est quoi, faire du vrai canyoning ? ». Chacun a sa définition et sa vérité. Honnêtement, je n’avais jamais considéré que descendre des cascades était un sport, et pourtant, maintenant, j’en fais. Je pensais que le plus dur, et en même temps le plus facile, était de descendre des cascades avec des cordes, mais c’est faux. Il faut gérer l’actif, et ça, c’est vraiment extrême : s’imaginer ce que l’eau peut faire dans le canyon. L’eau évolue en fonction de son débit et, même avec un petit débit, une fois canalisée, elle peut générer une force incommensurable. On entre dans le canyon avec un filet d’eau et on se retrouve avec des bassins énormes et une force incroyable. C’est cela qui m’intéresse : les affluents qui alimentent le collecteur principal, avoir une vision globale de la vallée, imaginer ce que ça pourrait être, comprendre les mécanismes, l’influence de l’artificialisation des rivières (barrages)… sans compter les autres phénomènes liés aux mouvements d’eau, aux mélanges d’air et d’eau… Bref, ce n’est pas aussi simple qu’il n’y paraît.
Alors, le « vrai canyoning » pour les uns, c’est d’y aller en marchant : « La navette ? Non ! Si on ne fait pas une marche d’approche, ce n’est pas un vrai canyon. » C’est une vision des choses. Alors pourquoi descendons-nous avec un descendeur ? Nous pourrions descendre au demi-cabestan, voire à la chamoniarde (rappel en S)… Pourquoi artificialiser les rivières avec des points fixes ? Laissons la nature intacte et équipons à chaque fois selon le relief : c’est peut-être ça, le vrai canyoning ? Il est sûr que, quelle que soit notre méthode, au gré de notre pratique du canyoning, nous nous rapprochons ou nous éloignons de la pureté du sport ou de notre vérité. Le tout est d’avoir du confort au juste besoin ; parfois nous faisons autrement, et d’autres fois nous embrassons la modernité. Bien que des idées arrêtées puissent exister, la perfection n’existe pas et nous faisons comme nous pouvons.
Bref, des marches d’approche, nous en avons fait, et des marches de sortie aussi ; nous sommes à une moyenne de plusieurs heures de marche par jour. L’Albanie est une terre de bergers, donc il y a des chemins un peu partout ; les routes peuvent s’arrêter à tout moment, se transformer en piste et reprendre plus tard.
Nous avons utilisé les topos de Pascal Van Duin et Guillaume Coquin pour les canyons. Il y a eu un gros travail de cartographie fait par Arnaud en amont, ce qui a permis de ne pas perdre de temps et d’agrémenter son application « Topo Canyon ». Le 4x4 est indispensable en Albanie ; nous avions réservé des Pajero et finalement nous avons eu des SUV. Il faut bien préciser à la compagnie de location que vous voulez un 4x4 avec boîte courte, sinon ce sera un SUV (cela, nous l’avons appris au détriment de notre expérience). En ce qui nous concerne, il a fait quasiment beau toute la semaine, donc nous sommes sortis sur les pistes, mais à la moindre pluie, c’est une patinoire boueuse. Les routes de montagnes ont une forte inclinaison et sont souvent abîmées. Même pour aller chercher un Airbnb à proximité d’une ville principale, on peut se retrouver à faire 20 min de piste. L’Albanie est un pays en construction, il évolue en permanence ; les applications ne sont pas toujours fiables hormis sur les grands axes. Il faut toujours recouper, car elles nous font vite faire un détour ou tourner en rond.
Il est temps de parler du vif du sujet : « marcher dans les rivières, et on n’a pas chômé ». Nous sommes arrivés le samedi de Nice avec Wizz Air, 1h45 de vol, comme une lettre à la poste. On récupère notre voiture et direction le district d’Elbasan pour faire nos premiers canyons le lendemain. Nous faisons la connaissance de Titouan, le fils d’Arnaud, 20 ans ; cela faisait 20 ans que je n’avais pas vu quelqu’un porter un débardeur blanc comme Christopher dans l’émission de téléréalité « Les Ch'tis », mais bon, on lui pardonne, il vole comme son père dans les canyons. Et Mathieu, DE de canyoning, qui se fait appeler Piranha du 73. Avec un pseudo comme cela, ça impose. On sent le type qui est un prédateur, que rien n’effraie. Au long du récit, on aura le temps de parler de la parabole de l’éléphant et de la souris… ainsi que de chaque protagoniste de ce séjour.
Premier canyon le dimanche matin : « Zallit Te Korres », une belle marche d’approche d’une heure. Nous commençons avec un très beau canyon et une eau froide ; ce sera le canyon le plus froid de la semaine. Idéal pour se mettre en jambe : il y a de l’eau, l’eau est belle, elle est d’un bleu soufré, il y a des sauts, très ludique. Ça commence bien. Pas de difficulté particulière, en mode « monopoint spirit », mais ils sont récents et en très bon état. Conforme aux topos.
L’après-midi, nous partîmes faire le canyon de Gares, départ dans une déchetterie sur l'un des affluents. Nous marchons 45 min dans la rivière jonchée de détritus et une eau marron et sale : « il est déconseillé de boire la tasse, il y en a qui ont essayé et ils ont eu des problèmes ». Malgré cela, le canyon est intéressant : un siphon bien en eau à passer et une belle cascade de 35 m viennent sauver le début du canyon. Dedans, on croisera « Dédé et Chriber » albanais (pour ceux qui ont la réf) du village avec une serpette. La scène est aussi surréaliste pour nous que pour eux : nous, habillés d’une manière rutilante, et eux en guenilles. Deux mondes nous séparent. Dans ces moments-là, je me dis : c’est trop, on s’amuse, et eux essaient de trouver de quoi manger… Mais ils avaient l’œil vif, ils ont bloqué sur notre géologue préférée, Nathalie. Pascal, son compagnon, veillait au grain ; j’ai senti qu’ils auraient aimé tenter un truc, mais ils étaient en sous-nombre.
Nathalie, c’est notre géologue poète. Posez-lui une question et elle s’envolera dans une tirade lyrique : « Regardez ces parois, ces cathédrales de roche blanche qui défient l'azur ! Ici, en terre d'Albanie, le calcaire n'est pas une simple pierre ; c'est un livre de chair minérale, un parchemin mésozoïque que l'eau a entrepris de sculpter avec la ferveur d'un amant tourmenté… »
Non, je déconne, elle vous répondra : « Bah !!!! C’est un caillou !!! »
Première petite journée. La moyenne de la semaine sera un départ à 7-8 h du matin et un retour à 20 h. Le soir, nous pouvons nous reposer dans une maison démesurée. C’est compréhensible : en Albanie, ils ont manqué de tout. Il faut s’imaginer que c’était pire que tout, alors quand l’étau s’est desserré, ceux qui ont eu de l’argent sont partis dans l’ostentatoire. Beaucoup de mauvais goût, mal fini, mais imposant et clinquant. « Beverly Hills » entre une nationale et une décharge.
Pas évident de faire les courses, de tout trouver. En fait, il y a tout, mais il n'y a pas un choix énorme comme chez nous, juste l’essentiel, et c’est très bien. Et comme il y a une grande influence italienne, dans tous les magasins, il y a un rayon italien ; c’est toujours sympa. Pour trouver de l’alcool, il y en a partout et nulle part : il a fallu compter sur mon flair d’ancien marin pour trouver les codes, us et coutumes (5 min).
Lundi : journée intense mais des canyons plutôt tranquilles et esthétiques : Shushices et Vildes. Nous trouvons de belles cavités avec une échelle spéléo « à l’albanaise » ; l’échelle sort tout droit du château de Poudlard. Ce sont de beaux canyons, conformes aux descriptions des topos. De belles marches d’approche et de retour : nous traversons des campagnes d’un autre temps. Il y a des brebis, des chèvres et des vaches partout. Les habitations sont rustiques, bordées par des champs fleuris de printemps, au pied de montagnes enneigées. On imagine que les hivers doivent être rudes. Des familles entières en train de bêcher les champs sans modernité nous regardent avec indifférence. Nous finirons par aller boire une bière dans le village touristique, face à un beau coucher de soleil qui vient mourir sur les montagnes enneigées.
Encore une belle journée. Je propose de nous faire un petit restaurant. Estelle, alias « Lucy van Pelt », notre petite boule de tendresse, nous propose à la place de cuisiner une spécialité locale. Manque de pot : nous serons en coupure d’électricité durant toute la soirée. Nous mangerons des succulentes tagliatelles de courgettes et des brochettes de poulets… à la frontale. Je garderai mon ironie pour moi.
Il faut préparer les voitures et le canyon du lendemain : le canyon de Holtit, qui est l'un des majeurs de la région. Il y a pas mal de paramètres à prendre en compte : niveau d’eau, barrage hydroélectrique, mais surtout la navette (il y a une heure de route pour aller du point de départ à l'arrivée). Et là commencent les idées : on monte à pied (3 h de rando)… Je vois sur un topo un numéro de téléphone pour demander au gardien les niveaux d’eau. Je contacte « Lindor » sur WhatsApp ; il me répond instantanément et me propose une navette : 110 euros pour huit, deux voitures qui nous emmènent au point de départ. Le prix est bon : 55 euros par voiture pour faire 2 h de piste pour eux. Si on avait fait la navette à deux voitures, c'était 4 h de perdues. En fin de compte, ce n’est pas cher. Après, ceux qui veulent négocier négocient, mais est-ce que chez nous on négocie ? Non. Le prix est juste, on paye et basta. Et en plus, Lindor nous fait « le relais secours ».
Pour ceux qui veulent faire du « vrai canyon », il y a la marche… et la rencontre avec les chiens de berger albanais, les « Yougoslaves de Charplanina ». N’oubliez pas d’allumer Strava pour être le KOM de la région et sûrement battre le record de Jimmy Gressier sur le 10 000 m (tu n’as pas le choix… et avec ton sac de canyon sur le dos). C’est une sorte de patou très musclé et énervé ; il protège les troupeaux contre les loups… et les ours. À bon entendeur.
Holtit est vraiment un très beau canyon dimensionnant. De temps en temps, nous sommes presque dans le noir, la lumière ne passe presque plus. Nous sommes entre deux falaises avec un espacement de 1 m qui montent jusqu’à plus de 200 m. Incroyable. Il est vraiment très beau. Il se finit par des sources d’eau chaude soufrées. Ce qui est impressionnant en canyon, c’est que l’on part souvent d’un filet d’eau dans une rivière insignifiante et que nous nous retrouvons dans des endroits irréels. Tellement irréel que nous avons croisé un serpent (courant) ; il faisait son check-point, tranquille sur un rocher, et on a commencé à lui parler comme à un animal de compagnie : « Allez, va-t’en, mais oui, mais oui, choupi, choupi… ». L’animal préféré de notre « piranha du 73 » ; tel l’éléphant, il croisa sa souris. Alors qu’il bronzait sur son rocher, le serpent nous regarda avec dédain et s’en alla, nous laissant passer. C’est nous qui sommes chez lui.
Une fois sortis, nous pique-niquons et, pour une fois, nous n’enchaînons pas de nouveau canyon, car nous avons 2 h de route pour rejoindre notre nouveau logement. La route est référencée, mais c’est une piste. Comble de la modernité : il y a une glissière de sécurité. Nous arrivons dans une belle maison dans les montagnes, l’accueil y est chaleureux. Par contre, il ne faut pas avoir oublié quelque chose en ville (« Ah merde, le pain ! »), sinon tu es parti pour 1 h 30 de voiture A/R. Nous sommes dans la région de Tepelene. C’est vert, la rivière Vjosa est bien présente ; elle est surnommée « la dernière rivière sauvage d’Europe » car elle n’est entravée par rien, de ses montagnes jusqu’à l’Adriatique.
Mercredi, place aux 50 ans d’Estelle ! Tout le monde se relaie pour lui souhaiter son anniversaire et embrasser notre matriarche en toute solennité. Bon, il ne faut pas trop tarder, on a canyon et la route est longue et tortueuse. Aujourd’hui, nous irons au canyon de Vagalatit et nous en profiterons pour faire son affluent, le Limar. Limités par nos voitures, nous n’irons pas jusqu’au village final, donc nous ferons la route à pied. Nous traversons des villages en belle pierre sèche du bout du monde, où le temps s’est arrêté, la jeunesse a déserté, ne laissant que quelques personnes âgées et leur troupeau. Il est rare de partir du haut d’une montagne pour aller chercher les canyons en contrebas. Le premier canyon était annoncé comme très beau dans un calcaire stratifié, mais il a dû subir une crue qui a bouché les bassins : l’eau était remplie de terre. Dans l’ensemble, c'était beau mais pas exceptionnel.Une partie de l’équipe décide de se faire son affluent qui était beaucoup moins bien noté et, là, surprise : il était très beau et très en eau. Comme quoi, il a dû y avoir un phénomène climatique qui a modifié l’ordre des choses dans la rivière. Il nous reste à remonter un D+ de 600 m pour rejoindre la voiture, que nous avalerons à bon rythme avec nos sacs en 1 h 15.
Nath, comment expliques-tu ce bouleversement géologique ? : "Je pense que le côté boueux du canyon provient du gros glissement de terrain en amont". Ah oui ! Trop forte ! Donc la montagne qui s’est effondrée, qui a coupé la route, le chemin par lequel nous sommes descendus, que nous avons détourné, sont dans le canyon !! Trop forte !
Retour dans une petite ville à proximité de Përmet ; nous nous octroyons du temps pour faire du tourisme, aller boire un coup et finirons par manger sur place. Les restaurants sont très abordables et les produits frais ; ils épluchaient les pommes de terre devant nous pour faire les frites, limite à voir l’agneau vivant avant de l’avoir dans notre assiette. Et puis nous irons nous coucher, car demain nous avons un gros morceau avec le canyon d’Ademit.
Nous sommes déjà jeudi et nous avons bien entamé la semaine de canyon. Direction Ademit ; nous partons très tôt car ils annoncent une météo pas terrible à partir du milieu de journée. La route est belle. Nous traversons différents petits villages avec les vestiges des monuments communistes qui font toujours référence à la guerre et au Parti communiste (comble du mauvais goût, mais historique). Le départ d’Ademit se fait dans un affluent, nous ne sommes pas encore dans le collecteur principal, et là déjà il y a de l’eau, beaucoup d’eau, trop d’eau. Estelle est prête à en découdre mais des questions commencent à se poser dans le groupe. Nous n’avons pas de retour récent, nous sommes en début de saison, nous ne sommes pas encore dans le collecteur principal, aucune vision sur l’équipement ; mais si on se réfère à ce qu’on a vu avant (monopoints et quasi pas de mains courantes), pour aller chercher certains amarrages, c’était exposé.
Petite réunion de groupe, j’exprime mes doutes et mes peurs avec retenue, je pose des questions, je rappelle une phrase qui est notée dans le topo de canyon : « En cas de météo erratique (notre cas : risque d’orage l’après-midi et il avait plu la veille), s’abstenir… ». Je vois que dans le regard de certains, on partage la même analyse. Arnaud nous explique : on partirait dans du gros débit avec des équipements aléatoires, il faudra sécuriser chaque franchissement. Il est initialement donné pour 6 à 8 heures, les échappatoires sont loin, ça va être intense. L’image des premiers franchissements que nous pouvons voir de la route donne la couleur de ce que nous vivrons. Les voyants sont à l’orange, Arnaud et Mathieu(pirannha du 73) tranchent : nous n’irons pas. Il y a trop d’incertitudes ; si nous devons sécuriser chaque obstacle pour un groupe de 8, nous pourrions y passer énormément de temps et sortir à la nuit tombée.
Ça fait partie de l’aventure, renoncer, et je pense que nous avons bien fait, car après nous avons refait notre cinématique, comparé les photos avec les descriptifs, et ce jour-là, il y avait vraiment beaucoup d’eau. Même s’il n’a pas plu l’après-midi, c’est un canyon à faire par jour de très beau temps avec une météo parfaite les jours précédents.
Aucun problème, nous avons un canyon de secours 😉.
Nous partons direction Bënjë. c’est le canyon par excellence tel qu’on l’imagine. Il y a tout ce que l’on pourrait attendre d’un canyon : c’est beau, il y a de l’eau, c’est ludique, ça saute… il en faut peu pour être heureux. À peine sortis, nous mangeons au pied d’une magnifique église. Sur le topo, il était écrit : « Si vous sonnez la cloche, une dame viendra vous ouvrir la porte pour visiter l’église »… j’attends encore. Estelle, en manque, telle une toxico qui n’a pas eu sa dose, est déjà sur le topo canyon pour en trouver un autre afin de finir la journée. C’est décidé, nous irons faire « Babos ». La fatigue est là, le pas commence à être lourd. Déjà qu’il était bourrin en début de semaine pour ma part... Il est mal noté ; le début ressemble à une rando aquatique avec deux ou trois rappels et des mini-sauts. On avance au radar (on n'en pense pas moins). Puis nous arrivons dans la rivière de Lengarice par deux belles cascades, que nous devons remonter à contre-courant durant une heure pour rejoindre la retenue d’eau et l’arrivée. Là, l’ambiance dans l’encaissement fut incroyable, et puis on ressort comme si de rien n’était. On passe de la beauté hostile de la nature à un endroit ultra-chaleureux sous un soleil de fin de journée de printemps, comme si nous avions changé de monde le temps d’une heure et que la nature nous avait régurgités. Belle petite soirée pour préparer le canyon du lendemain.
Vendredi, nous ne ferons qu’un canyon, car le soir nous sommes attendus à Lazarat chez un ami d’un ami (encore une histoire incroyable). Nous décidons de faire le canyon de Carcoves. Après une heure de marche d’approche, nous constatons que la rivière est en travaux avec la construction d’un barrage ; il y a aussi des travaux de mise en place de conduites forcées. Nous demandons au gardien : il nous dit que le barrage est en mode automatique et que, s’il y a une défaillance, on subit un lâcher de 800 l/s. C’est très dangereux de s’y aventurer. Gros dilemme dans le groupe ; on tient une petite réunion informelle quand il y a des décisions à prendre. On y va ou on n’y va pas ?
Moi, j’ai eu ma dose de la semaine, il faut savoir s’écouter. Surtout que le gardien nous l’a dit sur un ton sans animosité, ni interdiction : en gros, faites ce que vous voulez. Ce n’est pas grave, on apprend ; on le fera différemment à une autre saison avec moins d’eau. Alors oui, on aurait pu y aller et sûrement qu’il ne se serait rien passé, mais je n’ai pas envie de miser ma réussite sur de la chance, un accident est si vite arrivé. Pourquoi ? Parce qu’on aurait fait le canyon de trop, alors que le lendemain nous devions prendre l’avion et rentabiliser la journée.
Arnaud et Estelle nous dégotent un petit canyon à 1 h 30 de voiture. Pour la plupart, nous avons eu notre dose. Avec Christophe, nous avons conduit toute la semaine ; on a réuni le syndicat des chauffeurs 😉 : ceux qui veulent y aller y vont, nous, on reste. Petite réunion au bord d’une piste : qui veut faire quoi ? Nous serons cinq à attendre les trois qui sont partis pour le dernier canyon(çà fait titre de film mais ce ne fut pas le canyon de l’année).
Et c’est parti, direction la ville de Lazarat pour y rencontrer Ilir, le fils spirituel de Pierre Calfas que nous voyons de temps en temps quand nous allons rendre visite à la jeune équipe des « Rivières Mystérieuses » à Cassis. Le monde est petit et l’histoire est folle : cette histoire est née dans les années 90 après la chute du communisme. Il y a un lien étroit entre la ville de Marseille, les explorateurs de l’époque et le CAF (Club Alpin Français) de Marseille. Ilir, jeune ado polyglotte, était leur guide.
Mais Lazarat n’est pas une petite ville inconnue en Albanie, ni même en Europe. Durant la dictature, ce fut un village de dissidents et d’opposants politiques, Astérix et Obélix n’ont qu’a bien se tenir ; ils ont été brimés durant toute la dictature communiste. À la chute du régime, et seulement à la chute du régime, c’est devenu la capitale européenne de la marijuana. Dans les années 90, personne ne rentrait à Lazarat… sauf le CAF Marseille(hasard ;-)). D’ailleurs, encore aujourd’hui, il n’y a pas de police à Lazarat. Depuis, l’armée albanaise a cassé cette dynamique, mais la population a beaucoup souffert.
Nous sommes très bien reçus, au bon souvenir de la France qu’il avait connue. Il connaît l’étymologie des mots, et cela me marque car, à chaque fois que je voyage et qu’on me parle de la France, de mon nom, du latin… les gens connaissent le sens des mots et leurs origines. Nous devrions être fiers d’avoir cette richesse linguistique. Mais s’ils savaient… nous avons abandonné. Trop de confort, nous sommes américanisés. Notre société individualiste fait que nous ne recherchons plus le sens des mots de peur d’en porter une quelconque responsabilité. Nous sommes lâches, nous avons mis nos œillères, plus de panache : c’est un constat sociétal.
« De temps en temps, un petit électrochoc ne nous fait pas de mal. Il nous dit : "Le canyoning, c’est quoi ? C’est rien, ça ne veut rien dire, c’est un anglicisme. Allons ! Allons ! Tu comprends ? Spéléologie, oui, c’est du grec ancien, qui veut dire étude des cavernes. Allons, Paul ! Il faut faire des choses sérieuses. Quand je regarde le Facebook du CAF de Marseille, regarde, regarde, je te montre : maintenant, ils courent (trail) et nettoient des plages ! Où sont passés les explorateurs ? Si vous revenez, il faut faire des choses sérieuses, aller chercher des cavités." » D’ailleurs notre Piranha du 73 n’a pas osé dire qu’il était DE de canyon, il ne serait pas sorti de la maison vivant 😉.
Toute la famille était présente, nous avons refait les histoires, les aventures et bu le raki traditionnel. L’oncle est parti nous chercher une bouteille de sa collection personnelle, 1,5 l rien que çà, s’il vous plaît, mais nous avons passé la douane sans problème.
Merci à Ilir pour son accueil. Nous reviendrons en Albanie pour faire de vraies expéditions et ne plus marcher dans les rivières… enfin, un peu quand même de temps en temps.
Il est temps de rentrer, nous n’avions qu’une semaine sur place, du samedi au samedi. Cela nous a permis de faire 9 canyons, 10 pour certains. Il fait bon vivre en Albanie, le temps est arrêté, car les Albanais ont le temps ; il règne une quiétude qui peut être longue par mauvais temps. La météo a été correcte durant notre séjour, ce qui nous a permis de faire pas mal d’activités. Il est sûr que si vous n’êtes pas adeptes de sports de nature, cela peut être long, car il y a très peu de tentations de consommation, voire pas du tout, mais c’est très bien aussi, cela permet de se reconnecter avec l’essentiel. Les Albanais sont débrouillards, tout est possible, il suffit de demander. J’en parlais avec un ami, le trip idéal pour faire l’Albanie, mais pas que, c’est d’aller faire un tour en Grèce, surtout s'il n’y a pas d’objectif sportif.
Par contre, sportivement et au niveau expédition, c’est un pays en devenir, mais d’ici quelques années, nous aurons tout gâché comme partout ; pas nous individuellement, quoique, mais la masse.
Une super équipe de différents horizons. Merci à Arnaud qui y a laissé beaucoup d’énergie, qui a poncé les cartes comme à son habitude pour améliorer les topos et alimenter son application TOPO CANYON. Je n’ai pas trop cité Pascal et Christophe. Pascal, qui a transporté durant tout le séjour sa corde de 100 m d’à peine 3,5 kg : à ce poids-là, c’est un plaisir de la porter : « Je peux la sortir ? — NON, désolé !!! » Et Christophe, le deuxième chauffeur du séjour, l’ancien du groupe qui est toujours au taquet : il s’adapte, il est solide dans l’eau, solide en voyage, une valeur sûre.
Sinon, voici ce que coûte un voyage en Albanie pour 8 personnes. Ce montant est représentatif d’un groupe hétérogène aux habitudes variées, allant des plus économes aux plus dépensiers. Ce n'est pas une personne qui a payé pour tout le monde : les dépenses ont été partagées à tour de rôle. Le point d’amélioration est la location de voiture : quoi qu’il arrive, il faut au minimum une voiture avec 4 roues motrices. Même si c’est pour flâner en Albanie, les routes peuvent être mauvaises.
Pas besoin de s’emmerder à retirer des Lekk (monnaie local), on paye en carte ou en liquides en euros. Ils préfèrent prendre les euros, c’est plus simple pour tout le monde. Sur plusieurs blogs de voyageur, ils parlaient d’une banque qui ne prenait pas de commission pour retirer en lekk et bien c’est faux. Ne pas s’emmerder, il faut prendre des euros.
Plus de barrière de la langue, soit ils parlent couramment anglais, italien, soit pas du tout, mais il y a google translate, l’IA….
Paul
Total des dépenses par catégorie
|
Catégorie |
Détails |
Montant Total |
|
Transport |
Loc voitures, Essence, Péages, Parking, Navette |
1 382,15 € |
|
Logement |
Loc Maison, Hôtel, Logement nuits |
594,00 € |
|
Activités/Divers |
2 Assurances voiture (2 x 315€) + Livre Canyon |
659,89 € |
|
Alimentation |
Courses, Fruits, Pain |
518,66 € |
|
Restauration |
Restos, Bars, Dîners, Café |
170,00 € |
|
TOTAL GÉNÉRAL |
3324,70 € |
Votre coût total : 650 €
Ce montant se décompose comme suit :
- Billet d'avion (individuel) : 231 €
- Votre part des dépenses de groupe : 415 €
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