« A la descente, çà descend plutot bien…à la remontée, c’est différent… »
Dimanche, avec Arnaud et Estelle, nous sommes allés faire l’Aven du Cercueil. On propose au club, petit clin d’œil à Justine qui aurait adoré venir avec nous mais qui a eu un empêchement. La spéléologie est un sport très exigeant dans la technique, mais surtout mentalement. Il y a des étapes à franchir, des petits déclics à déverrouiller. D’ailleurs, j’ai plusieurs fois renoncé dans des cavités basiques, tant la mobilisation des facultés humaines y est intense. L’Aven du Cercueil demande un peu de maturité dans la pratique. Elle n’est pas extrême comme on le raconte à longueur de récits, mais elle demande de la technique et du sang-froid.
Je mesure 1m72 pour 77kg, pas le gabarit idéal pour les étroitures, mais j’ai la caisse. Petite préparation mentale : visualisation de la topo, lecture des récits, j’écoute les personnes du club pour me faire une idée. Je me dis qu’il y a des armoires à glaces qui sont passées, une commode ça passera aussi. Ça reste une grotte intime mais pas infâme. Il y a quand même du passage, mais peu 😉. L’infâme, ça a dû être pour les découvreurs : « Qui veut y aller en premier ???!!!! vas-y toi en premier !!! » Et depuis, certains passages ont été élargis.
Je prépare mon matériel aux petits oignons. Je me fabrique une pédale plus longue (pas assez) pour passer les étroitures, il me manquait 10cm pour être confort (chaque cm comptent), En extension maximale, la poignée arrivait juste au niveau de ma cage thoracique. Le contact roche/poignée/cage thoracique n'était vraiment pas confortable mais on apprend. Je fais un système avec du caoutchouc pour raidir la boucle de ma pédale afin qu’elle reste ouverte pour que je puisse la récupérer si je la perds en montant (ça marchera moyennement 😉). J’ajuste mon matériel, je shatertonne tout ce qui dépasse, je récupère mes vieux gants un peu troués mais qui me vont parfaitement, couverture de survie dans les bottes, matériel au strict minimum à l’extérieur. Je peux sortir ça de ma tête et me concentrer sur autre chose. Je n’ai pas de peur, mais je suis concentré. Mon matériel est prêt, j’étais prêt pour l’infâme… qui n’arrivera pas. Et puis avec Arnaud et Estelle, c’est du solide sous terre, j’y vais les yeux fermés.
On se fait un petit briefing à l’entrée de la grotte. Je pose mes dernières questions techniques pour dissiper tout doute de ma part. Arnaud équipe, je passe en deux et Estelle ferme la marche. C’est une cavité assez glissante. On descend très bien avec les kits. D’habitude, on est à l’économie de matos, les fractios sont placés au plus juste. Là, on avait des beaux cols de cygnes bien confortables. Bon, on a quand même eu un traditionnel fractio tendu et un passage de nœud… mais facile. L’équipement n’était pas évident, les chevilles d'amarrages sont vieillissantes. D’ailleurs, à la remontée, il y aura une plaquette qui lâchera, pas de vis usé. Nous l'avons rebouché pour éviter que ça arrive à d’autres.
Il y a trois étroitures assez nettes, deux entre -30 et -70m, ça devient intime, et une dernière à -110m. À la descente, j’ai plus galéré sur les deux premières, et à la remontée, ce fut le contraire. Le plus chiant, c’est de savoir dans quel sens tu te mets pour la passer. En gros, c’est descendeur sur la longe, tu places ton matos, un bras en haut, un bras en bas, la tête sur le côté et tu te laisses glisser. Ça ne dure pas longtemps, 2-3 mètres, ça frottille.
Franck m’avait dit : « Il y en a une, si tu te présentes mal, tu la bouches comme un bouchon… » J’arrive au fond sans rien boucher, confiant, alors qu’à la remontée, j’allais vivre ce que vivait un bouchon quand on rebouche une bouteille de vin.
Nous arrivons au fond dans une galerie avec de grands volumes, des concrétions de partout, des beaux petits gours, une belle coulée stalagmitique ornées de paillettes qui brille de mille feux… c’est vraiment magnifique. Nous prenons le temps de nous émerveiller dans la galerie qui fait partie des plus belles et des plus préservées du Var. On se pose la question de passer la voûte mouillante, mais vu les pluies des derniers jours, l’eau était haute. Ça sera pour la prochaine fois (ça, c’est mon excuse, mais j’avais surtout un sacré morceau à remonter).
C’est parti pour la remontée, Estelle devant, moi toujours en deux et Arnaud qui déséquipe. On arrive à la première étroiture, celle que je pensais passer normalement, car visuellement ça paraissait être la plus facile, et bien, je la bouche comme un bouchon…
Estelle : « Paul, utilise ton pantin, cm par cm… »
Moi : « Ça tombe bien, il vient de se décrocher… » (Et pourtant, dans ma tête : le pantin bien le long de la corde pour ne pas qu’il se décroche…)
Ma poignée, encore un peu courte, cm par cm, je dégage un bras, Estelle me donne la main, je gagne un cm, je passe l’autre bras et c’est gagné. Je la regarde (l’étroiture) et je me dis : comment j’ai fait ? Ça me parait plutôt « large ». À l’aller, je l’ai bien passée, dans l’axe de descente. En plus, c’est celle qui paraissait la moins infâme. Je ne sais pas, il doit y avoir un grip anti retour à la remontée 😉.
On continue à remonter, beau travail d’équipe. Je reproduis ce que fait Estelle par mimétisme, on se passe les kits. Hormis la première étroiture, les autres sont bien passées alors que visuellement elles étaient bien plus inhospitalières (je n’ai pas pris le temps de prendre des photos, j’étais concentré sur autre chose, et puis il faut le vivre, c’est dur de représenter sur une photo la difficulté réelle).
On continue notre remontée. On ne peut pas dire que les puits soient étroits, mais resserrés (j’arrive à remettre mon pantin aisément 😉). Et là, il m’arrive le pire truc de la sortie(en fait non) : la longe du kit qui se coince dans mon pantin. Comment ça peut arriver ???!!!! Même lui s’y met !!!! (Alors que tu passes toute la remontée à regarder ton kit voir s’il est bien placé, et là, il te fait ça. NON !!!!) Bien sûr, ça n’arrive jamais quand tu es dans un super puit bien large. Non, c’est quand tu es au milieu d’un resserrement, que ta tête est déjà à 90° et que tu as un débattement de 20° de chaque côté et que tu es obligé de tout faire au toucher. Bon, rien de fou, tout est très vite rentré dans l’ordre, mais c’est bien chiant.
Nous sortons après un peu moins de 5h sous terre, la philosophie c’est de rester en mouvement, de maintenir un effort constant pour ne pas se refroidir. Place au pique-nique et à la bière de Noël. Nous nous sommes régalés, c’était très beau. Ça n’a été facile pour personne, surtout quant à certains endroits l’unité de déplacement est le cm. C’est une cavité qui demande une bonne caisse. Je suis très content, j’ai passé un cap en spéléo et puis le plus important, c’est qu’on ait partagé un bon moment avec les copains du club.
Paul
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